J’ai vécu il y a quelques années une expérience singulière très intime, que j’appelle ma résilience. Je fréquentais une salle de sport qui pratiquait une discipline de stretching doux, sur fond de musique relaxante. Le corps est allongé sur un plan incliné, les jambes sont surélevées par rapport au tronc. Le but est de rééquilibrer la posture en agissant sur toute la chaîne musculaire, sous la direction d’un coach qui guide les mouvements et contrôle l’absence de mécanismes antalgiques que le corps met en mouvement pour éviter les tensions. Outre cette technique d’allongement, la méthode repose aussi sur la respiration profonde pour débloquer le diaphragme. J’en retirais à chaque séance un réel bien-être physique et mental.

Lors de l’une de ces séances, en me concentrant sur la recherche de la respiration profonde, j’ai soudain éclaté en sanglot. Une soupape de sécurité avait lâché. Je venais de réaliser, surgissant de mon inconscient, que ma mère devait me demander pardon pour l’enfance manquée que j’avais eue, ainsi que pour son manque de protection et d’amour. Je venais de passer violemment du statut de fille mal-aimée et négligée à celui de femme libérée et adulte. J’ai expliqué à la coach, étonnée et bienveillante, que j’avais eu une émotion très forte et déstabilisante. Elle m’a dit que ce n’était pas la première fois que cela arrivait. Elle avait déjà assisté à des fous rires libérateurs et à des pleurs chez quelques pratiquants, et que ce n’était pas anodin de travailler sur la respiration profonde.  

Pour moi, ce fut un moment intense, une libération mentale, un vrai soulagement ressenti au plus profond de moi et qui m’a profondément marquée. Je remettais en cause toute une vie basée sur le manque d’amour et le reniement. Nulle thérapie n’a été aussi efficace que ce souffle venu du fond de mon être ce jour-là pour m’apporter la sérénité qui me manquait. Je ne pourrai jamais revenir en arrière et effacer ces années perdues de négligence, de non-dits et de souffrance, je ne reconstruirai pas les bases et fondements de ma raison d’être, mais je peux au moins me dire que j’ai comblé un vide abyssal par mon seul souffle intérieur. J’ai eu la chance de rencontrer sur ma route des personnes solides et fiables qui m’ont aidé à croire en moi et sur qui j’ai pu m’appuyer pour construire ma vraie identité.

Cette révélation m’a permis de suivre un cheminement émotionnel plus fort que la raison. Quand le temps de l’apaisement est venu, j’ai compris que c’était moi qui devais pardonner à ma mère de n’avoir pas su, ou pas pu, me dire qu’elle regrettait. J’aurais trouvé légitime qu’elle l’eût fait. Mais cela a-t-il un sens dans la relation parent / enfant ?

Ce petit moment de vie fut une grande étape vers la réparation, grâce à l’extraordinaire capacité d’auto-guérison du corps. J’ai eu beaucoup de chance de vivre ce choc. L’enfant en moi en avait besoin.

Aujourd’hui, je suis en paix avec moi-même.

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Contrairement aux autres témoignages, ce magnifique texte a été écrit directement par la personne qui a vécu cette histoire de résilience. Je l’ai aidée à reformuler certains passages, et à approfondir certaines problématiques. D’après son retour, « qu’est-ce que ça fait du bien d’écrire, de mettre des mots sur des émotions et de prendre du recul ! ». Je veux bien la croire 😉 Merci à elle pour sa confiance !

Mon emploi du temps étant très chargé d’ici la fin de l’année, je vous donne rendez-vous en janvier pour de nouveaux témoignages.

A bientôt et merci pour votre soutien !

Sophie

2 thoughts on “[TÉMOIGNAGE] : Ma résilience

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