Il y a deux choix face aux épreuves de la vie : se morfondre dans sa peine, ou se relever et s’en sortir. C’est cette deuxième solution que j’ai fini par choisir lorsque notre vie a basculé, sur la plage, un beau jour d’été.

Ce jour-là, ma fille Inès jouait avec ses cousins, dans l’insouciance de l’enfance. Elle allait bientôt avoir 9 ans, était en excellente santé, joyeuse, rigolote et pleine de vie. Rien ne laissait présager ce qui allait arriver. Une chute plutôt banale sembla pourtant l’atteindre profondément et ses pleurs finirent par nous convaincre d’aller faire un petit tour aux urgences. Le médecin diagnostiqua une entorse au genou gauche. Mais le repos préconisé ne semblait pas suffisant puisque les douleurs s’amplifièrent dans les jours suivants, atteignant notamment son pied gauche. Retour aux urgences une deuxième, puis une troisième fois.

Rien n’est plus difficile à vivre pour un parent que la souffrance de son enfant. Nous étions complètement impuissants face à la détresse d’Inès, qui souffrait de plus en plus et qui l’exprimait dans les pleurs et les hurlements. Le verdict finit par tomber :  Algodystrophie. Je fis ce qu’il ne faut bien sûr jamais faire : taper ce nom sur internet. Algodystrophie, la maladie du suicide. Ma fille n’avait pas une simple entorse du genou mais souffrait d’un syndrome de douleur chronique d’origine neurologique, dont les possibles séquelles me laissèrent littéralement sans voix.

Les mois qui suivirent cette chute furent un véritable enfer. Après un court répit, une deuxième chute entraîna ma fille dans une spirale de peur et de souffrance. Elle ne pouvait plus marcher, ni aller à l’école, hurlant sa douleur pendant des heures. La maladie l’envahit au plus profond de son être, et elle finit par perdre complètement pied. Je ne pouvais pas laisser ma fille s’enfoncer ainsi, et je lui fis la promesse que j’allais faire tout ce qui était en mon pouvoir pour qu’elle puisse récupérer au mieux sa vie d’avant. Ma tristesse et ma sidération étaient immenses, mais l’espoir était encore plus fort. J’allais me battre pour la sauver.

Me soignant depuis des années de manière naturelle, c’est vers cette médecine là que je décidais de me tourner. Au-delà de la gestion de la douleur, je voulais atteindre la racine du problème et enrayer l’inflammation. Petit à petit, et grâce à de nombreuses approches thérapeutiques, les douleurs finirent par s’atténuer, ce qui nous permit de remonter tout doucement la pente. Toutefois, son état émotionnel était encore très fragile et un stress post-traumatique nous poussa à chercher à consulter.

A cette époque, nous étions expatriés aux États-Unis, et mes recherches pour trouver un psychologue pour enfants spécialisé dans les douleurs chroniques restèrent vaines. Étant moi-même psychologue, je décidais alors d’utiliser mes compétences professionnelles pour l’aider, l’encourageant à rester optimiste et à continuer à se battre. Grâce aux outils que nous mettions progressivement en place, elle reprit doucement confiance en son corps et parvint à sortir de la spirale infernale de peur et d’appréhension de la douleur. Après des mois à la voir complètement éteinte, elle revint à la vie, retrouvant enfin sa joie et sa gaieté.

A l’heure actuelle, Inès a une vie complètement normale. Malgré quelques douleurs de temps en temps qu’elle arrive très bien à gérer, elle est désormais capable d’utiliser les outils que nous avons mis en place pour être actrice de sa santé. Je savais que mon expérience pouvait aider d’autres familles dans la détresse, et c’est ainsi que j’ai décidé de réorienter mon activité professionnelle vers le soutien psychologique des familles touchées par les douleurs chroniques. Aider ceux qui se retrouvent confrontés à la douleur, qu’elle soit soudaine comme pour Inès ou qu’elle s’instaure petit à petit, est devenu mon nouveau combat, et cette incroyable leçon de vie, qui nous a tant bousculés, m’a permis de trouver ma voie professionnelle et d’être enfin alignée avec moi-même. Nous avons réussi à transformer notre immense tristesse en résilience, et à mener un combat qui a uni notre famille et bouleversé nos vies au-delà de l’adversité.

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Pour mieux connaître le travail de Lucia, psychologue spécialisée dans les douleurs chroniques et maman d’Inès, je vous encourage vivement à la retrouver sur ses différents réseaux sociaux :

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