Le ciel était d’un bleu resplendissant ce jour-là, et les rayons du soleil illuminaient ma maman d’une lumière quasiment magique. En rentrant dans la chambre, je l’avais trouvée tellement belle. C’était toujours elle, telle que je la connaissais, gentille et bienveillante. Elle venait de se réveiller doucement après 3 semaines dans le coma, suite à une hémorragie cérébrale. J’avais à peine 6 ans, et ma maman était en vie, face à moi. Cet instant de retrouvailles fut le premier souvenir de mon enfance.

Mon papa ne m’avait pas caché la réalité de la situation. Il m’avait expliqué, simplement, avec ses mots, que ma maman était malade. Pendant tout le temps de son coma, j’avais eu peur mais j’avais, malgré tout, gardé confiance en elle. J’avais pourtant surpris une conversation entre deux couloirs, où mon papa, terrifié, disait à ma grand-mère que ma maman ne survivrait pas. Mais elle avait survécu, elle s’était réveillée, et tandis que je la regardais dans son lit d’hôpital, je savais, à travers mes yeux d’enfant, que c’était le plus important pour moi.

Brisant ce doux moment d’intimité, une infirmière avait fait irruption dans la chambre, un bonnet à la main. « Il ne faut pas qu’elle voit, il ne faut pas qu’elle voit ! » avait-elle hurlé, complètement paniquée, et elle avait enfoncé de manière presque violente le bonnet sur la tête de ma maman. Je savais pourtant que son crâne avait été rasé pour les besoins de l’opération. Mon papa m’avait prévenu, et c’était la dernière de mes préoccupations à ce moment-là. Des cheveux ça repousse, n’est-ce pas ?

Cette infirmière avait voulu me protéger dans ma vulnérabilité, essayant de cacher ce qu’elle jugeait trop dur pour moi. Sans le savoir, elle m’avait transmis un sentiment de honte face au crâne rasé de ma maman. Je ne voyais que le retour à la vie, elle n’avait vu que la gêne d’un détail pourtant insignifiant pour moi. Et finalement, plus que l’absence de cheveux sur le crâne de ma maman, c’est sa violente réaction qui m’a vraiment choquée ce jour-là.

Suite à l’hémorragie de ma maman, la première d’une longue série, mon enfance a été bercée par les soins médicaux, la rééducation, le fauteuil roulant. Elle avait perdu l’usage de la communication, et même si elle comprenait tout, lire, écrire et parler lui étaient difficiles. Elle était entravée, et j’ai dû grandir très vite pour apprendre à l’aider. Malgré toutes les difficultés, la honte parfois d’avoir une maman handicapée, je me souviens d’une enfance très heureuse. Ma maman m’aimait et était fière de moi. Après tout, n’est-ce pas l’essentiel aux yeux d’un enfant ?

Je suis adulte maintenant, mais je suis restée très attachée à la petite fille de 6 ans que j’ai été. Je lui demande souvent conseil pour avancer dans la vie, pour savoir quel chemin prendre. Cette enfant intérieure, si insouciante, m’aide dans ma relation avec mes propres filles. Elle me rappelle que l’imagination peut être parfois bien plus terrible que la réalité dans les yeux d’un enfant. Que nos émotions en tant qu’adultes nous sont propres, et que nous devons rester vigilants par rapport à ce que nous transmettons. Que les enfants peuvent comprendre ce qu’il se passe, si les événements sont expliqués simplement.

Je n’ai jamais su si cette hémorragie avait été la première pour ma maman, mon grand-père, trop touché, n’arrivant pas à s’exprimer sur ce qui lui était arrivée durant son enfance. Raconter, c’était rendre les événements réels, alors, pour se protéger, il avait tout gardé. Mon papa avait fait le choix inverse. Raconter, c’était rendre les événements réels, alors il m’avait expliqué. Je garde cette sagesse précieusement au fond de moi, afin que chaque enfant puisse vivre sa propre expérience et apprenne à se positionner intérieurement. Cette enfance si particulière est la mienne, elle me définit et fait partie de moi. Et je suis heureuse qu’on m’ait expliqué simplement, sans chercher à m’imposer une opinion.

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